L’enfant EIP, un esprit systémique ?

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Depuis quelques temps je me dis que l’EIP, avec son fonctionnement global, cerveau droit, saisit plus facilement que les autres personnes, la complexité d’un problème, qui lui apparaît d’emblée et en bloc.

Il entre immédiatement dans une vision systémique d’où les questionnements en chaîne, et les difficultés à suivre des étapes de raisonnement posées de façon cartésienne et linéaire.

Sa pensée systémique lui fait assez vite comprendre les liens entre des phénomènes apparemment éloignés, d’où des remarques ou observations qui peuvent sembler saugrenues au commun des mortels, fût-il prof. On parle de « digressions » ce qui est vraiment une question de regard… »digressions » par rapport à la ligne prévue par le maître ( le chemin tel qu’il est tracé et prévu), mais association d’idées, tantôt riche et créatrice, tantôt perturbante, pour celui qui ne suit pas le même chemin de pensée.

Sur le plan éducatif également, cette vision systémique a quelque chose de particulièrement exaspérant pour l’éducateur, car elle met sans cesse en lien les comportements, dans une chaine infinies de causes et d’effets… ( j’ai fait cela parce qu’il a fait cela, tout est lié, tout se tient)…et empêche parfois le jeune d’assumer la responsabilité  de ses actes. L’effet papillon fonctionne à plein tube, un regard, un mot peut déclencher des cataclysmes émotionnels, comme pour les autres, mais il me semble que les EIP le comprennent davantage et parfois à leurs dépens. Comme pour l’adulte qui est enfermé dans une relation du type « triangle dramatique », il n’est pas forcément confortable de comprendre qu’on est pris dans une chaîne relationnelle, et il devient difficile d’accepter d’être sanctionné pour un acte dont on n’a pas toute la maîtrise. Trop injuste !

Le mode de pensée du jeune intellectuellement précoce vient régulièrement mettre en échec les tentatives de l’école pour simplifier ce qui est complexe, le réduire pour l’étudier, le schématiser…Enseigner à des élèves EIP, c’est faire au quotidien l’expérience d’un paradoxe : le monde est complexe, mais pour l’étudier, j’ai besoin de passer par des étapes de simplification, de schématisation forcément frustrantes et insatisfaisantes.

Si cette simplification du complexe semble aller de soi pour la plupart des gens, pour un enfant  IP, c’est moins sûr. D’où les interventions fréquentes qui visent à contredire l’enseignant, à lui opposer le fait que ce qu’il dit n’est pas toujours entièrement vrai…Et un gros travail de la part du prof pour permettre à l’élève de continuer à penser, tout en ne se noyant pas dans mille détails, au risque de se perdre dans un labyrinthe de pensée.

Les réactions de l’enseignant à ce moment-là sont sans doute cruciales. Tendre un fil pour sortir du labyrinthe. Et convaincre que simplifier pour un temps le réel, ce n’est pas une trahison de la pensée, mais un moyen – le seul?- d’accéder à sa complexité.

Sylvie Fornero

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