Un pas de côté...


L’école française repose sur une vision très cartésienne de l’apprentissage. Les savoirs sont organisés en disciplines qui communiquent peu entre elles, les programmes répartissent de façon parfois extrêmement comptable les contenus à transmettre chaque année. Les enfants sont répartis en classes, le «maître» par définition doit «maîtriser» les choses. Il est garant de l’avancée des jeunes. Bref la structure conditionne la pédagogie, souvent centrée sur le contenu et l’expertise disciplinaire de l’enseignant, sa parole, son rythme. Nous n’avons pas le pouvoir de changer le cadre, qui a aussi ses avantages, mais nous pouvons changer notre pédagogie.
Car dans le monde complexe qui est le nôtre, ce cadre de plus en plus difficile à tenir apparaît comme contre-productif ( beaucoup trop d’échecs, ce qui génère une insatisfaction générale). Les enseignants sont peu formés à la réflexivité et ils vont parfois développer face aux difficultés «encore plus de la même chose», encore plus de maîtrise, de programmation, de répression. C’est la solution adoptée qui souvent crée le problème. Voilà quelques uns des freins.
Après de nombreuses années de pratique d’enseignants et de cadres de direction, beaucoup de formations pédagogiques, nous avons suivi récemment une formation en coaching ( école CT). Nous pensons aujourd’hui pouvoir aider les enseignants à s’outiller pour comprendre ce qui se joue dans la classe: leur apporter des outils pour accueillir la complexité, gérer un processus collectif d’apprentissage et rendre les élèves acteurs, pour mieux réguler le groupe, redonner un sens à ce qu’ils font au delà des échéances d’examen. Concrètement cela peut prendre la forme d’une «pédagogie du projet» où l’enseignant leader cherche à mobiliser une équipe sur un projet et d’une «pédagogie du retrait» où l’enseignant se vit plus comme garant du processus d’apprentissage et ressource que comme celui qui sait.
Savoir collaborer est à la fois une compétence-clé à acquérir à l’école pour préparer sa vie professionnelle et également une condition importante pour apprendre. Les élèves sont trop peu souvent encouragés à le faire car cela engendre beaucoup de « bruit » dans les deux sens du terme. Mais on ne réussit pas tout seul…à l’école comme ailleurs.
Les enseignants sont souvent réticents à encourager la collaboration car ils craignent les pertes de temps ou les dysfonctionnements possibles…comme dans l’entreprise!

Rien de révolutionnaire, car beaucoup d’expériences vont déjà en ce sens. Mais c’est très dynamisant pour des enseignants en formation de faire ce «pas de côté». C’est assez proche des problématiques qui se posent au manager dans l’entreprise. A commenter, développer, bien sûr…